Geneviève Mersch

Genevieve-Mersch-visageHRS-Label-10-ans-HRSPassionnée par son travail de réalisatrice de cinéma et scénariste, distinguée souvent avec ses courts métrages et documentaires Geneviève Mersch a réalisé en 2003 un long métrage « J'ai toujours voulu être une sainte « qui a été sélectionné pour représenter le Luxembourg aux Oscars 2004 dans la catégorie du meilleur film étranger. Le film a reçu le Zénith d'or du meilleur premier long métrage au Festival des films du monde de Montréal et a été proclamé meilleur long métrage luxembourgeois du Lëtzebuerger Filmpräis en 2003.
Comment a-t-elle choisi son métier, quelle est sa source d'inspiration et sa plus belle victoire : une des plus connus cinéastes luxembourgeoises se met cette fois-ci devant la caméra pour nous faire découvrir son parcours.

 

Interview de Mme Mersch

Je suis Geneviève Mersch, je suis née le 17 janvier 1963 à la Clinique Bohler et je suis réalisatrice et scénariste.

Pourriez-vous nous relater votre parcours professionnel ?

Après mes études secondaires, j'ai commencé des études de publicité, mais j'ai vite remarqué que ce domaine ne me correspondait pas du tout car je le trouvais un peu trop vain. Ensuite, j'ai fait des études de réalisation pour cinéma et télévision en Belgique et je suis donc aujourd'hui réalisatrice et scénariste professionnelle.

Comment avez-vous choisi votre métier ? Était-ce votre rêve d'enfant ?

Ce n'était pas vraiment un rêve d'enfant car à l'époque je ne connaissais pas ce métier. Je ne savais pas comment on faisait un film et je ne pouvais donc pas rêver d'être réalisatrice plus tard. Quand j'ai fini mes études au Luxembourg, j'ai eu vraiment envie de faire un métier qui était à la fois artistique, technique mais aussi un métier où on pouvait suivre un projet du début à la fin. Ce qui correspondait donc à la réalisation de film à laquelle je suis arrivée plus tard après un petit détour.

Si je fais des films, c'est d'un côté pour m'exprimer, exprimer les choses qui me sont importantes mais c'est surtout pour communiquer avec les autres sur base du film. Si les gens viennent voir mon film et qu'ils l'aiment bien, c'est ce qui me fait le plus plaisir. Cela fait évidemment toujours plaisir de gagner des prix. J'ai eu un prix au « Filmpräis » ici au Luxembourg, un prix pour un court métrage à Bruxelles et puis un prix à Montréal. A chaque fois quand on fait un film, gagner un prix est vraiment très agréable mais je trouve que la réaction du public est plus importante.

Était-ce difficile de vous faire une place en tant que femme ? Avec une carrière comme la vôtre, êtes-vous souvent confrontée aux stéréotypes ?

Je crois que dans le monde du travail, en général, il y a toujours encore beaucoup de stéréotypes et c'est vraiment beaucoup plus difficile pour les femmes, mais j'ai eu la grande chance de ne pas m'en apercevoir. J'ai fait les choses sans vraiment me rendre compte que c'était plus difficile de réussir dans mon métier en tant que femme.

Quelle est votre plus belle victoire ?

Etant donné que j'ai très peu confiance en moi, être réalisatrice est déjà une victoire en soi. Une autre de mes victoires est le fait d'avoir atteint les objectifs que je m'étais fixés. Un de ces objectifs par exemple était de faire des films utiles et cela a été le cas quand j'ai fait le film « Le pont rouge », puisque c'est en partie grâce à ce film qu'ils ont fait une clôture sur le pont. Ensuite, j'avais aussi l'envie que les gens s'approprient mes films et qu'ils se les passent un peu comme les livres de poche. Cela m'est arrivé avec deux films où les gens passaient des soirées à les regarder entre amis et où ils se passaient à l'époque la cassette. Maintenant ils filment avec les smartphones, ils filment la télévision et se montrent des bouts du film, le film « Roger » notamment. Ils se les passent les uns aux autres et cela me fait vraiment plaisir.

Quel est le plus grand défi qu'on vous ait jamais lancé ?

En général c'est moi qui suis l'initiatrice de mes propres projets, donc je ne me mets pas de défi que je ne peux pas atteindre. Mais le plus grand défi qu'on m'a jamais lancé c'était de faire un film pour les médecins sans frontières en Afghanistan, alors qu'il y avait la guerre, mais pas à l'endroit où j'ai dû filmer. J'ai réalisé un film en 3 semaines, j'ai dû écrire un scénario de documentaire, trouver une petite fille pour la filmer, et tout cela dans des conditions que je ne connaissais pas du tout, dans un camp de réfugiés. C'était vraiment difficile et c'est là que j'ai eu le plus peur de ne pas y arriver parce que nous étions très limités dans le temps.

Quelle est votre astuce antistress ?

J'aimerais pouvoir vous dire que je marche dans la forêt avec mon chien, mais premièrement je n'ai pas de chien et deuxièmement j'habite très loin de la forêt. Donc, en général, ce qui m'aide beaucoup, c'est faire la vaisselle – ça détend un peu. Mais je dois vous avouer que je n'ai pas encore trouvé la méthode-miracle. Je trouve que se promener c'est parfois une bonne chose ou bien aller à la piscine.

Quelle est votre devise ?

Je n'ai pas vraiment de devise, à la limite, j'aimerais bien changer de devise tous les deux jours. Aujourd'hui je dirais « un pour tous, tous pour un ». Je crois à la solidarité et je crois à l'entraide. Je trouve cela très important.

Quel genre de bébé étiez-vous ? Quelle petite fille étiez-vous ?

Il parait que j'étais une petite fille très remuante, qui bougeait beaucoup, qui voulait tout le temps découvrir plein de choses. En même temps je suis l'ainée de 5 enfants, nous étions toujours entourés de beaucoup de monde, beaucoup d'amis qui passaient et avec 5 enfants ce n'est quand même pas très calme... Disons donc que j'ai eu une enfance très vivante avec beaucoup de jeux, beaucoup d'expériences très riches.

La première image d’enfance, une anecdote ?

L'anecdote à laquelle je pense c'est celle où mon frère et moi nous sommes tous les deux tombés dans la Pétrusse, une rivière à Luxembourg-Ville. A l'époque j'étais tellement contente de savoir sauter par-dessus la Pétrusse, que je voulais que mon frère aussi connaisse cette joie, et donc je l'ai forcé à sauter mais lui ne voulait pas. Donc je lui ai dit à 3 on saute, 1-2-3, j'ai sauté, lui non, et « pouff » on est tombé dans la rivière. Nous étions tout mouillés et couverts de boue, mais j'étais quand même très fière.

Votre père était gynécologue à la Clinique Bohler. Quels sont vos souvenirs de cette époque ?

Avoir un père gynécologue à la Clinique Bohler, c’était quelque chose qui jouait un rôle important dans notre vie parce que dès qu’on allait quelque part, il était toujours appelé pour un accouchement ou bien pour aller voir des patientes. On ne pouvait jamais rien organiser. Quand nous étions avec lui, nous devions souvent l’accompagner à la Clinique pour des accouchements par exemple. Et donc avec mes frères et sœurs, nous avons passé beaucoup d’heures dans le parking de l’ancienne Clinique sur la route d’Arlon à attendre dans la voiture parce que nous étions trop jeunes pour y rentrer.

Quelles sont vos passions ?

Ma passion c’est mon travail. Si on n’est pas passionné, on ne peut pas faire des films, c’est la base. A côté de mon travail, j’aime bien lire et j’aime bien voyager, même si je n’en ai pas beaucoup l’occasion. J’aime bien découvrir des nouvelles choses. Découvrir en général, m’intéresse.

Parvenez-vous à vous protéger en gardant du temps pour vous ? Qu'est-ce qui vous ressource ?

Quand le travail est une vraie passion, le travail et le temps libre sont fortement mêlés. Quelque fois quand on doit travailler, on ne travaille pas vraiment, et parfois quand on a du temps libre, on travaille. Donc c'est un chaos. J'ai beaucoup de mal à séparer ma vie privée de ma vie professionnelle.

Quelle est la personne que vous admirez le plus ?

Il y a tellement de gens que j'admire, que je ne vais pas commencer à faire une liste sinon on est parti pour des heures. Mais j'admire surtout les gens qui se battent pour quelque chose, qui ont un objectif. J'admire aussi les gens qui tiennent juste le coup, parce que nous vivons dans une société où les conditions de vie peuvent être très difficiles pour certaines personnes qui doivent se battre tous les jours pour survivre.

Quelle sont à vos yeux les valeurs les plus importantes ?

Ce qui est très important, je pense c'est le respect, la solidarité, le partage et la tolérance.

Je pense que quand on veut être un bon parent, il faut à la fois donner des limites très claires pour que l'enfant soit rassuré et il faut aussi avoir confiance en lui et être un peu dans l'amusement, rigoler. Il faut se faire confiance, faire confiance à son ressenti par rapport à l'enfant et ne pas écouter des conseils des gens qui ne connaissent rien.

Où étiez-vous il y a 10 ans ?

Il y a 10 ans, j'étais à la station-service de l'Aire de Berchem et je faisais un documentaire sur la station-service, donc sur les routiers, les vacanciers et toutes les personnes qui passent là-bas. J'allais à la rencontre de plein de gens parce qu'une station-service c'est peut-être l'endroit au Luxembourg où on rencontre le plus de gens différents – de milieux différents, d'âges différents,...

Quelle vie rêveriez-vous d'avoir dans dix ans ?

En général, quand je dis quelque chose, il m'arrive le contraire. Je vais être donc très prudente et ne rien dire (rit).

Qu'est-ce qui a le plus changé en moi en dix ans ?

En 10 ans, ce qui a changé le plus, c'est que je suis devenue maman et cela change quand même la vie. Je trouve que cela rend la vie beaucoup plus drôle, beaucoup plus gaie, plus joyeuse. Même si on a plus de problèmes (rigole).

Si vous étiez :

Une musique

D'un côté j'aime tout ce qui a le rythme comme le rock, jazz, rap – le battement du cœur en fait, et de l'autre côté j'aime aussi tout ce qui est lié au bruit de la nature – le vent dans les branches des arbres et aussi la pluie sur le toit de la voiture. J'adore...

Un animal

Je suis allergique aux animaux donc je ne veux pas être un animal. Si j'étais un animal, j'éternuerais tout le temps (rit).

Un plat

J'ai deux plats préférés. Ce sont les pommes de terre sous toutes leurs formes et les chicons sous toutes les formes. J'ai des gouts de pauvres donc si quelqu'un veut me faire plaisir – pommes de terre aux chicons serait tout à fait suffisant pour moi.

Une couleur

Le rouge. J'ai toujours adoré le rouge, c'est ma couleur préférée même si ça ne se voit pas aujourd'hui.

Un parfum

J'ai un très bon odorat et donc très souvent j'associe les odeurs à des émotions ou à des lieux. C'est plus des odeurs de souvenir que j'aime bien, même des odeurs pas très bonnes.

Ce qu'il vaut mieux savoir à mon sujet

Je suis assez spontanée, les gens découvrent assez vite qui je suis, je ne suis pas très bonne pour me cacher. J'aime beaucoup lire des choses très tristes. Dès qu'il y a quelque chose de triste, j'essaie de trouver quelque chose de drôle dedans.

Ce que je voudrais changer en moi

J'aurais voulu avoir plus confiance en moi. Cela m'aurait économisé beaucoup de temps et d'énergie, j'ai toujours beaucoup douté de moi et je continue encore toujours, même si j'ai eu la grande chance d'avoir un père qui a toujours cru en moi. Je pense que s'il n'y avait pas eu mon père pour m'encourager, je n'aurais jamais cru réussir. Mais je ne pense pas qu'on puisse boire de la confiance ou prendre des médicaments, je ne sais pas comment j'aurais fait pour avoir plus confiance en moi. A l'inverse, j'ai toujours peur des gens qui ont trop confiance en eux. Il y a une différence entre avoir trop confiance et ne pas en avoir assez. Je n'aime pas les personnes qui disent « oui, je sais tout, j'ai tout vu »,... je n'aimerais vraiment pas adopter une telle attitude – mais il y a peu de chance.

Ce que je regrette

Je ne regrette rien parce que j'ai toujours fait du mieux que je pouvais. J'ai toujours mis toute mon énergie pour atteindre mon but et donc je ne peux pas avoir des regrets. Je pourrais avoir des regrets si je n'avais pas donné le meilleur de moi-même dans toutes les situations.

Ce qui me fait peur

Ce qui me fait peur, c'est ce qui fait peur à tout le monde je pense : la maladie, le décès et la maladie des gens qu'on aime, la guerre. Donc, des choses essentielles de la vie. .... et je n'aime vraiment pas les queues des rats.

Ce qui me pousse à avancer

Je suis quelqu'un de très curieux et je veux toujours découvrir des nouvelles choses et donc j'aime bien avoir des projets. Les projets c'est comme si on avait des amis imaginaires, un projet c'est comme quelqu'un qui est à côté de soi, on ne se sent pas seul parce qu'on l'a dans la tête ', on y réfléchit '. Quand on attend le bus et qu'on ne sait pas quoi faire, on peut penser à son projet, c'est donc quelque chose qui rassure et qui est tout le temps là comme un ami imaginaire.

Pour moi être une femme aujourd'hui c'est....

...dans un pays occidental c'est une grande chance, c'est un vrai plaisir. En revanche dans les pays où les droits des femmes ne sont pas respectés je trouve injuste que les femmes n'aient pas le droit de faire les mêmes choses que nous, par exemple de conduire ou de faire des études. J'aimerais qu'elles aient les mêmes droits que nous.