Florence Hoffmann

Florence-Hoffmann-visageHRS-Label-10-ans-HRSFlorence Hoffmann est la première artiste de nos 10 femmes. Diplômée de l’ancienne Académie Julian à Paris, elle travaille aujourd’hui en tant qu’artiste plasticienne ce qui veut dire qu’elle ne se limite pas uniquement à la sculpture mais réalise également des projets d’installations et des créations conceptuelles. Outre son travail au Luxembourg, Mme Hoffmann participe régulièrement à des expositions et des forums partout dans le monde. Ses œuvres font partie de diverses collections en Europe, en Asie, Amérique de Nord et Amérique du Sud.

Interview de Mme Hoffmann

Bonjour, je suis Florence Hoffmann. Je suis née le 20 avril 1966 à la Clinique Bohler et je suis artiste plasticienne. Artiste plasticienne – j'aime le spécifier – parce que si je fais des sculptures, je ne me limite pas simplement à la sculpture, je me permets des incursions dans les installations ou des créations plus conceptuelles.

 

Pourriez-vous nous relater votre parcours professionnel ?

J'ai fait de la danse jusqu'à 21 ans, sanctionnée par un diplôme d'université. Elle jalonnait toute ma vie, mais après un grave accident de voiture, j'ai été obligée de l'interrompre et cela m'a conduite à un diplôme d'architecture d'intérieur à l'ancienne Académie Julian à Paris, où des peintres comme Fernand Leger sont passés. Ce n'est qu'après mes études d'architecte d'intérieur que je suis devenue artiste. Au début, j'étais l'assistante personnelle d'un artiste plasticien-multimédia et ensuite je suis devenue plasticienne indépendante. De la danse, je suis arrivée à l'expression en volume, pas par mon corps mais par ce que produisent mes mains.

Comment avez-vous choisi votre métier ? Était-ce votre rêve d'enfant ?

Je ne peux pas dire que c'était un rêve d'enfant, parce qu'effectivement mon rêve d'enfant c'était plutôt l'expression par la danse. J'ai commencé la danse à 5 ans, j'y ai investi toute mon énergie. On peut dire que le choix de devenir artiste s'est développé au fur et à mesure. Il fallait que je puisse continuer à m'exprimer et après avoir eu ce changement dans ma vie, c'était définitivement l'art que je voulais exercer.

Était-ce difficile de vous faire une place en tant que femme ? Avec une carrière comme la vôtre, êtes-vous souvent confrontée aux stéréotypes ?

Je n'ai pas l'impression d'être confrontée aux stéréotypes. C'est un métier déjà assez difficile et si par exemple on s'attelle à un bloc de pierre ou à une grosse bille de bois, on va utiliser d'autres stratégies en tant que femme. Je pense que nous avons un travail qui est très particulier, très aléatoire. Il est clair qu'à l'époque de Rodin, Camille Claudel, c'était très mal vu d'être une artiste mais je n'ai personnellement pas le sentiment d'y être confrontée.

Quelle est votre plus belle victoire ?

Au niveau personnel, le fait d'être maman est quelque chose de très particulier, ça vous remplit d'un sentiment de plénitude. Et au niveau professionnel, quand on a des réalisations, des grandes sculptures dans l'espace public , ça vous remplit de fierté et de joie.

Quel est le plus grand défi qu'on vous ait jamais lancé ?

Le plus grand défi c'est réussir à transmettre mon art à tout type de personne. Je ne dis pas que c'est toujours couronné de succès, mais c'est un défi - réussir à percer la carapace des personnes. Le « Gare Art Festival » est également un défi - réussir à maintenir un niveau international, créer des sculptures pendant un temps donné en plein centre-ville du Luxembourg, à inviter des sculpteurs(rices) luxembourgeoises et internationales et à chaque fois donc, de réussir à créer cet événement. Les sculptures seront ensuite exposées pendant 6 semaines à la gare et cela permet aux gens qui passent, que ce soit aléatoirement ou intentionnellement, de voir la progression d'une sculpture.

Quelle est votre astuce antistress ?

Je n'appellerais pas ça une astuce antistress mais en tout cas, il m'arrive de temps en temps de sortir dans le jardin et de crier. Après une minute de cri, je suis calmée. Mais je fais cela uniquement si ça ne va plus du tout.

Quelle est votre devise ?

Je n'ai pas spécialement une phrase clé, mais je pense qu'il faut toujours essayer de rester soi-même, de découvrir qui l'on est. D'essayer petit à petit ce qui nous convient, ce qui ne nous convient pas et de voir si effectivement on peut se permettre le luxe d'être et surtout d'assumer ce que l'on est.

Quel genre de bébé étiez-vous ? Quelle petite fille étiez-vous ?

D'après ce qu'on m'a dit, on m'appelait « char d'assaut ». Je pense que j'étais quelqu'un de très vif et peut-être de très fatigant pour mes parents.

Quelle est la première image d'enfance qui vous vient à l'esprit ? Avez-vous une anecdote à raconter qui s'est passée durant votre enfance ?

A l'âge de 8-9 ans, je préparais un spectacle de marionnettes pour mon école primaire. Je me rappelle que je ne suis pas allée au lit jusqu'à ce que je finisse mes marionnettes et à l'époque c'était très tard. Et je pense que c'était déjà un signe précurseur de mon "workoholism", parce que je ne connais pas d'heure - quand il faut finir un projet, il faut le finir.

Quelles sont vos passions ?

J'adore lire et puis j'aime bien jouer du piano quand j'ai le temps. Mais la lecture, c'est vraiment ce que je préfère. Evidemment, j'ai de la chance de pratiquer un métier qui me correspond, le fait de travailler avec mes mains, faire de l'art.

Parvenez-vous à vous protéger en gardant du temps pour vous ? Qu'est-ce qui vous ressource ?

Probablement pas assez, il est vrai que j'ai tendance à oublier tout ce qui est autour de moi afin de finir un projet. Ce qui me détend, c'est effectivement la lecture et le piano.

Quelle est la personne que vous admirez le plus ?

La personne qui m'a toujours donnée ma chance et qui m'a toujours fait confiance – mon père. Je lui en suis reconnaissante pour ça. Ce n'est pas donné à tout le monde, de faire confiance à ses enfants et je vois moi-même que je n'arrive peut-être pas à appliquer ce précepte-là à mon propre fils. C'est mon père qui m'a orienté après l'accident et qui m'a dit de faire ce que je voulais. C'est cette personne qui m'a laissée être moi-même.

Quelle sont à vos yeux les valeurs les plus importantes ?

Les valeurs les plus importantes à mes yeux, sont le fait de mener une introspection, de se regarder sans complaisance, d'analyser comment l'on est, comment l'on peut être dans toutes les circonstances. Parce que comment l'on est, a un impact sur l'environnement. De pouvoir pardonner aux autres et de se pardonner également. Essayer le plus possible de communiquer et de dialoguer avec les gens parce que beaucoup de malentendus et de conflits pourraient être ainsi résolus.

En matière d'éducation, quels sont les conseils que vous donneriez aux jeunes mères ?

Mon expérience personnelle me ferait dire qu'elles devraient croire en leur instinct. Parce que souvent on a différentes sources d'informations par rapport aux bébés et si l'on n'est pas très sûr de soi, c'est très déstabilisant. Mais si les mamans peuvent suivre leur instinct, c'est probablement la meilleure des choses qu'elles puissent faire. Je ne dis pas qu'il ne faut pas écouter les autres, mais il ne faut pas non plus se laisser complètement déstabiliser par les différentes informations.

Où étiez-vous il y a 10 ans ?

Il y a dix ans, j'étais à plusieurs endroits, notamment dans un bel endroit pour une sculpture monumentale en Thaïlande. Ça m'a rempli de joie, parce qu'effectivement c'était un concours international qui a abouti au placement d'une sculpture dans l'espace public dans une ville de Thaïlande. C'était une des expériences les plus marquantes de mon existence. Je suis restée trois semaines, je ne peux pas dire que j'ai compris toute la Thaïlande mais il y a quand même des manières d'être qui m'ont influencée, qui m'ont fait du bien et que j'ai essayé de ramener ici.

Quelle vie rêveriez-vous d'avoir dans dix ans ?

Je pense que j'aimerais continuer à pouvoir bénéficier de mes capacités physiques qui me permettent de continuer à créer. Continuer mon chemin, continuer à avoir des contrats, réussir à toucher la sensibilité des gens par ce que je fais. Si je peux continuer à trouver des idées dans lesquelles les personnes peuvent s'identifier, j'aurais accompli quelque chose.

Qu'est-ce qui a le plus changé en moi en dix ans ?

Ce qui a le plus changé ? J'ai du mal à me rendre compte. S'il y a eu des changements, ils se seront fait petit à petit, sans qu'on s'en rende compte, ça serait plutôt à mon entourage de répondre à cette question. L'aspect physique a changé évidemment. Sinon, je dirais que l'esprit est toujours resté le même.

Si vous étiez :

Une musique

Shéhérazade de Rimsky-Korsakov, à cause du fait du beau thème oriental qui m'envoûte parce que c'est quelque chose qui me touche, qui a bercé mon adolescence.

Un animal

Si j'étais un animal, je serai un chat – curiosité, foncer dans l'inconnu, rester indépendant, aimer être sociable.

Un pays

Si j'étais un pays, je répondrais plutôt la terre pour essayer d'avoir une vision globale de la chose. Il est quand même génial d'être sur une petite balle dans l'univers. Je ne me limiterais pas à un pays, parce que chaque pays a ses caractéristiques et ses belles choses.

Un plat

Si j'étais un plat, je serais sans hésiter un plat thaï avec de la noix de coco.

Une couleur

Si j'étais une couleur, je serais la couleur rouge – le feu, le sang, la mort, donc en fait les excès.

Un parfum

Si j'étais un parfum, je serais l'herbe fraîchement coupée. C'est une odeur éphémère mais elle me touche, elle est très gaie et florale.

Ce qu'il vaut mieux savoir à mon sujet

Le dynamisme, le fait de ne pas avoir peur de relever des défis, l'enthousiasme.

Je voudrais avoir une seconde chance pour...

...si j'avais su certaines choses plus tôt dans ma vie, peut-être que ça aurait eu un autre impact sur celle-ci.

Ce que je voudrais changer en moi

Je ne vais pas dire changer, j'aimerais bien m'améliorer. Changer voudrait dire que je renierais une partie de moi-même. Il ne s'agit pas de renier ce que l'on est, on doit assumer ce que l'on est. On doit apprendre à exister avec ce que l'on est. Je voudrais continuer à me développer, évidemment dans le bon sens, à évoluer positivement.

Ce que je regrette

Je ne veux rien regretter parce que tout ce qui a pu jalonner ma vie, même les choses négatives, j'essaie de comprendre pourquoi et de savoir quels sont les effets. Honnêtement, je ne peux pas dire que tout ce qui est négatif est automatiquement négatif. Toutes les choses négatives qui m'arrivent, j'essaie de les transformer en positives. De toute façon, ce qui est passé, est passé et l'on ne peut rien y changer. Il faut continuer à regarder vers l'avenir.

Ce qui me fait peur

Ce qui me fait peur c'est la dictature de nos émotions, je ressens une émotion et je suis sous l'emprise de cette émotion et je vais agir. Si c'est une bonne émotion, tant mieux, mais si c'est une émotion destructive, après je pourrais m'en mordre les doigts. Je ne dis pas qu'il faille que je contrôle mes émotions, mais il faut être consciente de ce que je suis en train de ressentir. Et du moment que je perçois que je ressens une émotion négative, m'en rendre compte.

Ce qui me pousse à avancer

Mon entourage me pousse à avancer. C'est ma famille qui reste quand même importante et puis mon art. Le fait de pouvoir être ce que je suis, avoir la chance de pouvoir m'exprimer. C'est un luxe et j'en suis complètement consciente.

Pour moi être une femme aujourd'hui c'est....

Pour moi être une femme aujourd'hui c'est être multitâche, être consciente de sa valeur, se sentir égale à tout le monde et assumer ce que l'on est.