Eva Ferranti

Eva-Ferranti-visageHRS-Label-10-ans-HRSPassionnée de couture depuis son plus jeune âge, Eva Ferranti est tailleur indépendante depuis 25 ans. Elle a développé sa propre marque « Eva Ferranti » connue au Luxembourg et en Suisse, où elle passe la moitié de son temps. C’est aussi une personnalité bien ancrée dans le paysage luxembourgeois qui n’a pas sa langue en poche et qui a contribué au développement du quartier du Grund. Nous vous invitons à découvrir cette femme pleine d’énergie à l’aise aussi bien en stilettos qu’en chaussures de marche !

Interview de Mme Ferranti

Je me nomme Eva Ferranti, je suis née le 17 décembre 1972 à la Clinique Bohler et je suis tailleur indépendante depuis 25 ans.

Pourriez-vous nous relater votre parcours professionnel ?

J'ai fait mon apprentissage au Luxembourg et j'ai continué par la suite en Italie avec des cours de spécialisation dans les domaines du stylisme, du patronage et de la haute couture. Il est souvent considéré qu'un cours de stylisme suffit pour devenir tailleur mais le stylisme n'est que l'audition. Souvent quand on dessine quelque chose, ce n'est pas forcément toujours quelque chose qui peut être réalisé et j'ai donc voulu tout apprendre – le dessin, le patronage avant la coupe, la coupe et la couture. Je maîtrise donc tous ces volets qui, aujourd'hui, font de moi ma marque « Eva Ferranti ».
J'emploie actuellement 22 personnes entre le Luxembourg, Genève et mon atelier de Bascharage. J'ai trois sites : Bascharage, où j'ai une grande partie de mon personnel et où toute la production de mes créations est réalisée, j'ai ma boutique sur la Place de Théâtre au Luxembourg où je vends pour les femmes au rez-de-chaussée et pour les hommes à l'étage et finalement à Genève où j'ai une petite boutique de 70m2. Je suis à Genève plus ou moins 3 jours par semaine. Je me partage donc entre deux pays.

J'ai surtout acquis mon expérience professionnelle en Italie où j'ai travaillé et étudié pendant 10 ans. J'ai déjà été indépendante en Italie mais seulement pour une période assez brève parce que ma boutique a été rachetée par une grosse filiale. Par la suite, je suis rentrée dans un groupe où on faisait beaucoup de prototypes avec des grandes maisons. J'ai travaillé jusqu'en 1999 en Italie et je suis venue au Luxembourg en 2000. Je dois dire que durant tout mon parcours, j'ai travaillé à des postes décisionnels. Je faisais la mise en production, la coupe et le suivi du produit. Au Luxembourg, j'ai donc tout de suite commencé en tant qu'indépendante.

Comment avez-vous choisi votre métier ? Était-ce votre rêve d'enfant ?

J'ai choisi mon métier car j'ai la passion de bien m'habiller. J'étais toujours coquette, mes sœurs m'appelaient « la petite princesse ». Ma grand-mère et ma mère avaient elles aussi appris ce métier mais pour ma grand-mère c'était plutôt pour gagner sa croute pendant la guerre. Ma mère l'a fait pendant une certaine période de sa vie, avant de se marier. Elle a travaillé dans une maison de couture en Italie. Et moi, j'en ai fait mon métier. J'ai toujours vu une machine à coudre à la maison, nous étions 5 et ma mère cousait nos vêtements. Souvent, elle nous cousait les mêmes vêtements et on était habillés à l'identique. Je voyais la machine à coudre à la maison, j'aimais couper et très vite j'ai eu envie de faire d'un bout de tissu quelque chose. A l'âge de 14 ans, j'ai coupé et réalisé ma première petite robe. Il ne faut pas me demander comment elle était finie mais j'étais toute fière de la porter et je trouvais qu'elle m'allait très bien. Aujourd'hui, je suis devenue assez exigeante dans ce que je fais. Je suis sévère avec mes salariés parce que je dis toujours « ce que vous n'aimez pas, le client ne va pas aimer non plus ».

Était-ce difficile de vous faire une place en tant que femme ? Avec une carrière comme la vôtre, êtes-vous souvent confrontée aux stéréotypes ?

Je n'ai pas eu de grand problème. Je dois dire qu'ici au Luxembourg, c'est un métier qui est en voie de disparition. Souvent on me dit qu'il y a beaucoup d'autres tailleurs qui viennent de l'étranger et je dois dire qu'aujourd'hui je suis, avec un atelier de cette envergure, la seule au Luxembourg. Il y a des petits tailleurs, des bureaux de retouches, qui ouvrent et ferment. Qu'on soit homme ou femme, si une personne a une passion, elle va la mener à terme et y croire. Le plus important est d'avoir la volonté.

Quelle est votre plus belle victoire ?

Ma plus belle victoire ? Je me bats encore aujourd'hui. Il faut se battre tous les jours, se remettre en question et faire en sorte que ça fonctionne au quotidien. Je n'ai pas encore atteint ma plus belle victoire mais c'est d'être là encore aujourd'hui.

Quel est le plus grand défi qu'on vous ait jamais lancé ?

Toutes les demandes assez particulières sont un défi. A vrai dire, pas grand-chose ne me fait peur, donc je les prends en main et je fais en sorte que cela fonctionne.

Quelle est votre astuce antistress ?

Mes promenades le matin, mon chien qui me regarde avec des yeux tout doux, la couture, la cuisine, la pêche, la nature, les montagnes, les balades. Dès que j'ai un instant, je m'évade.

Quelle est votre devise ?

Ma devise est : « Droit devant ! ». Ne regardez pas derrière vous et continuez à aller vers l'avant.

Quel genre de bébé étiez-vous ? Quelle petite fille étiez-vous ? Quelle est la première image d'enfance qui vous vient à l'esprit ? Avez-vous une anecdote à raconter qui s'est passée durant votre enfance ?

J'étais une enfant très timide. J'étais la quatrième de cinq enfants et j'étais assez écrasée par mes sœurs plus âgées mais j'avais ma sœur Barbara qui était toujours là pour me protéger. Je pleurais et tombais sans cesse. Je ne parlais pas beaucoup, aujourd'hui on ne le croirait pas, car maintenant je dévore. Depuis toujours, j'aime être dorlotée mais on a peur de moi, on a peur de s'approcher.

Quelles sont vos passions ?

J'en ai plusieurs. Ma plus grande passion était la couture, elle l'est toujours, mais il faut dire qu'aujourd'hui je la vois plutôt comme un métier que je dois faire fonctionner. J'aime beaucoup cuisiner, les promenades, la pêche et la nature. J'ai besoin de me retrouver seule, de m'évader et de me relier à moi-même afin de décompresser de ma journée.

Où trouvez-vous l’inspiration pour votre travail ?

L’inspiration pour mon travail dépend de mon état d’âme. Comme beaucoup, je suis influencée par le temps qu’il fait. Tous les êtres humains se sentent plus à l’aise lors d’une belle journée ensoleillée. Ils sortent de leur coquille et se promènent plus facilement. Si je suis un peu plus triste, ça va être plutôt des couleurs ternes, cela dépend beaucoup de mon humeur.

Parvenez-vous à vous protéger en gardant du temps pour vous ? Qu'est-ce qui vous ressource ?

Je garde plus de temps pour moi qu'auparavant et participe à moins de mondanités. Je préfère maintenir un peu d'espace pour moi, pour mon entourage avec lequel j'ai vraiment envie d'être, surtout parce que je suis très peu au Luxembourg. J'ai appris à être un peu plus égoïste.

Quelle est la personne que vous admirez le plus ?

La personne que j'admire le plus ? Alors là vous m'avez posé une question un peu piège parce que je vais rendre jaloux l'un ou l'autre (rires). Je vais garder cela pour moi. A vrai dire, j'ai beaucoup pris de mon père, ma mère me dit encore aujourd'hui que je lui ressemble beaucoup. Il n'est plus de ce monde, il était un pilier ...

Quelle sont à vos yeux les valeurs les plus importantes ?

Les valeurs les plus importantes : être sincère, ne pas être hypocrite, mais aussi l'amour et l'amitié.

En matière d'éducation, quels sont les conseils que vous donneriez aux jeunes mères ?

D'essayer de revenir un peu aux sources et être sévère avec ses propres enfants, leur apprendre à marcher droit, ne pas toujours tout donner. C'est difficile mais parfois il faut gronder quand c'est nécessaire.

Où étiez-vous il y a 10 ans ?

Il y a 10 ans, j'avais 32 ans. J'ai beaucoup déménagé avec mes commerces et le commerce situé actuellement sur la Place du Théâtre, était au Grund à l'époque.
Je faisais partie de l'Union Commerciale et donc quand même un peu engagée politiquement.
Pendant 4 ans, j'ai été présidente du syndicat du Stadtgrund, qui est chargé de la revalorisation du quartier du Grund. J'ai été une des premières commerçantes à s'y être installé ; une pionnière. J'ai toujours eu la foi en ce quartier et ai voulu le valoriser pour qu'il devienne ce que Montmartre est à Paris : un beau quartier pittoresque.
J'ai participé, avec, entre autres, Florence Hoffmann, à son développement. Nous y avons instauré les décorations de Noël, le « Konscht am Gronn », qui, aujourd'hui, est devenu un événement mensuel prenant place d'avril à octobre. J'ai également contribué à l'installation d'un Bancomat.

Quelle vie rêveriez-vous d'avoir dans dix ans ?

Je vis la vie au présent et on verra dans 10 ans.

Qu'est-ce qui a le plus changé en moi en dix ans ?

Je suis devenue beaucoup plus calme. A l'âge de 20 ans, j'étais beaucoup plus nerveuse, aujourd'hui je m'excite un peu moins et je claque moins les portes. On murit par les expériences de la vie.

Si vous étiez :

Une musique

Si j'étais une musique, je serais du Jazz ou bien une belle Salsa – un peu dansante.

Un animal

Si j'étais un animal, je serais un cheval. Comme mon signe, je suis sagittaire, toujours au galop.

Un pays

Je ne saurais pas trop m'orienter mais peut-être un pays chaud, donc partout où il y a de la chaleur.

Un plat

Si j'étais un plat, je serais un bon poivron piquant.

Une couleur

Si j'étais une couleur, je serais colorée. J'aime les couleurs colorées, donc je serais du rouge, du très coloré ou du bleu électrique mais surtout du rouge.

Un parfum

Le parfum dépend de ma vie. Je change ponctuellement selon ma maturation. Aujourd'hui, je suis un Dior, une Miss Dior. Mais j'étais très florale, donc on s'affirme aussi par rapport aux étapes de la vie.

Ce qu'il vaut mieux savoir à mon sujet

Je suis assez directe. Je garde très peu pour moi, tout doit sortir. Je suis franche et j'aime les belles choses. On va souvent avoir des réponses assez directes de ma part. J'essaye des fois de mettre des gants mais ça peut blesser.

Je voudrais avoir une seconde chance pour...

Avoir une seconde chance, non. Je dois dire que, chaque fois, dans ma vie, ce que j'ai voulu faire, je l'ai porté à terme. Donc, si j'ai envie de changer, je vais changer. Ce n'est pas une seconde chance mais une volonté et chaque volonté de ma vie a été exhaussée.

Ce que je voudrais changer en moi

Je ne souhaiterais rien changer en moi, parce que, je reviens sur ma position, je fais toujours ce que je veux. Si j'ai envie de changer, je change.

Ce que je regrette

Je ne regrette rien dans ma vie.

Ce qui me fait peur

Je dois dire qu'aujourd'hui rien ne me fait peur et c'est cela qui me fait peur. Les évènements de la vie m'ont endurcie et aujourd'hui il n'y a pas grand-chose qui m'effraye.

Ce que j’ai appris à aimer en moi

C’est difficile de parler de moi-même, c’est plutôt les autres qui devraient me définir. Je ne saurais pas trop quoi répondre à cette question.

Ce qui me pousse à avancer

Je vais toujours droit devant, ce n’est pas qu’on me pousse. J’ai beaucoup d’énergie, je me lève le matin, mes journées bien remplies commencent tôt le matin, par une promenade en compagnie de mon chien et je termine le soir avec mon dernier client parfois vers 20h. Mon énergie me fait avancer.

Pour moi être une femme aujourd'hui c'est....

Pour moi, femme ou homme, il n’y a pas de différence. Une femme devrait être galante et la femme d’aujourd’hui devrait être indépendante. Femme aujourd’hui c’est être soi-même.