Alexandra Oxacelay

HRS-Label-10-ans-HRSportrait oxaceleyAlexandra Oxacelay est la seule des 10 femmes, que nous mettons à l'honneur chaque mois, à représenter le milieu associatif à Luxembourg.
Licenciée en journalisme et communication, après plusieurs expériences dans le monde des médias, Madame Oxacelay est, depuis 17 ans, chargée de direction de l'association « Stëmm vun der Strooss ».
Cette association luxembourgeoise se consacre aux personnes en difficultés et défavorisées; sans domicile fixe, dépendantes (drogues et alcool), malades psychiques, sans-papiers, etc.

Découvrez le parcours d'une femme pétillante, passionnée par son travail et la cause dont elle s'occupe au quotidien.

Interview de Mme OXACELAY

Bonjour, je m'appelle Alexandra Oxacelay. J'ai 43 ans. Je suis née le 22 janvier 1972 à la Clinique Bohler. Je suis titulaire d'une licence en journalisme et communication. Je suis chargée de direction de l'association « Stëmm vun der Strooss », qui s'occupe de personnes sans domicile fixe, dépendantes (drogues et alcool), malades psychiques, défavorisées et sans-papiers.

Pourriez-vous nous relater votre parcours professionnel ?

J'ai terminé mes études en 1996. J'ai commencé en tant que freelance à travailler un peu à droite à gauche - pour la radio Latina, pour la radio 100.7, qui s'appelait à l'époque « la radio socio-culturelle », pour le magazine PME, qui était un magazine qui relatait l'actualité des entreprises. J'ai fait une revue de presse pour la communauté européenne. Je travaillais beaucoup d'heures pour gagner pas grand-chose. J'ai fait un stage à la radio DNR et ensuite j'ai commencé à la « Stëmm vun der Strooss » en avril 1998, parce qu'il cherchait une journaliste pour réaliser un journal sur les sans-abris, un journal fait par des sans-abris. Un journal qui n'existait pas encore au Luxembourg mais qui existait dans d'autres pays et, ça, c'est quelque chose qui m'a tout de suite parlé. J'ai fait des études de journalisme parce que je voulais changer quelque chose dans la société, parce que j'avais des choses à dire et là, le fait de pouvoir réaliser ce journal, me donnait cette possibilité. J'ai eu beaucoup de chance car à l'époque, le chargé de direction qui m'a engagé est parti. Je suis devenue chargée de direction et, au début, j'étais seule. Aujourd'hui, on est 36 salariés. On a 5 différentes adresses et c'est un peu mon bébé, ce pour quoi je vis et qui me donne beaucoup d'énergie et beaucoup de plaisir.

Comment avez-vous choisi votre métier ? Était-ce votre rêve d'enfant ?

Ce n'était pas un rêve d'enfant, c'était plutôt un rêve d'adolescente. A 15 ans, j'ai vu le film « A Dry White Season », un film sur l'apartheid et je me suis posé la question « qu'est-ce que je peux faire pour faire réfléchir les gens ? ». Et c'est là que je me suis dit que le journalisme serait peut-être un bon métier pour moi car le journalisme permet par l'écrit, les photos et les images de faire passer des messages. Je savais donc à l'âge de 15 ans que je voulais devenir journaliste.

Était-ce difficile de vous faire une place en tant que femme ? Avec une carrière comme la vôtre, êtes-vous souvent confrontée aux stéréotypes ?

Je n'ai pas l'impression que c'était difficile de me faire une place en tant que femme. Je n'ai pas l'impression de valoir moins ou plus qu'un homme et je ne me pose pas cette question dans mes relations humaines, lorsque je rencontre des personnes.

Quelle est votre plus belle victoire ?

La plus belle victoire que j'ai eue au travail, est le stade où j'en suis arrivé maintenant. L'année dernière a été l'année de l'extension, l'année où on a ouvert le plus de services et le fait d'avoir, aujourd'hui, 36 personnes qui travaillent avec moi. Le stade actuel est une victoire, mais je n'ai pas envie de m'arrêter à ça, j'ai envie de continuer mais plus doucement. J'ai décidé de ne plus travailler 40 heures afin de pouvoir me consacrer plus à ma vie familiale.

Quel est le plus grand défi qu'on vous ait jamais lancé ?

Le plus grand défi qu'on m'ait lancé et que je n'ai pas réussi à relever, a été mon travail avec l'association « médecins du monde ». On m'avait demandé de recruter de nouveaux médecins et malheureusement, cela ne s'est pas passé comme je l'aurais aimé et le Conseil d'Administration m'a donc demandé de démissionner de cette association. J'avais placé beaucoup d'espoirs dans ce projet et mes attendes étaient plus grandes que ce qui en est ressorti. Cela a été un échec, un défi que je n'ai pas réussi à relever. Je crois que, dans ma carrière professionnelle, c'est la seule chose à laquelle j'ai touché et qui n'ait pas marché. Jusqu'à présent, je n'avais pas de regrets mais là c'est un peu dommage d'avoir mis autant d'énergie dans quelque chose qui n'a pas abouti.

Quelle est votre astuce antistress ?

Malheureusement, je n'ai pas d'astuce antistress. Je ne crois pas être souvent stressée mais quand je le suis, j'ai l'impression de ne pas pouvoir contrôler les choses. J'essaie toujours de me préparer, pour justement ne pas être stressée, j'essaie de m'organiser et quand vraiment ça monte trop, j'essaie de faire du sport. L'astuce serait de prendre un peu plus de temps pour moi. Et c'est pour ça que j'ai pris la décision de travailler un peu moins. Mais j'ai besoin du stress, j'ai besoin que ça bouge, sinon je m'ennuie et je ne suis pas efficace.

Quelle est votre devise ?

Je n'ai pas de devise. Je pense que j'écoute, je suis curieuse, je suis ouverte, pour pouvoir être créative. J'aime les gens, j'aime aller vers eux, j'aime remettre les choses en question. Parfois les gens me disent que je me pose trop de questions, en luxembourgeois on dit « Ech splecken d'Hoer an 4 », ça veut dire que je ne vais pas au plus facile tout de suite. C'est peut-être le côté journalistique en moi, de se poser des questions.

Quel genre de bébé étiez-vous ? Quelle petite fille étiez-vous ?

J'étais une petite fille très dynamique. Je bougeais beaucoup, je partais dans tous les sens, je n'obéissais pas beaucoup. Je ne me rappelle pas mais c'est ce qu'on m'a raconté. J'ai un petit garçon qui est comme ça aussi et ça me pose des problèmes parce que j'ai l'impression de me voir. J'étais très maladroite. Je me suis souvent fait mal et ça a continué aussi par la suite.

Quelles sont vos passions ?

Ma passion c'est mon travail. Je suis passionnée par ce que je fais. Pour moi ce n'est pas un travail, il me donne de l'énergie. Il n'y a pas un seul jour où je me lève et je me dis je n'ai pas envie d'aller au travail. Je vis pour ça. Il y a des gens qui travaillent pour vivre et moi je vis pour mon travail parce que je crois en ce que je fais, pour moi ça a un sens, c'est important que je le fasse, c'est une partie de moi. La « Stëmm vun der Strooss » est mon bébé et mon mari me le reproche souvent. Quelque fois j'aimerais être aussi passionnée à la maison que je le suis au travail.

Parvenez-vous à vous protéger en gardant du temps pour vous ? Qu'est-ce qui vous ressource ?

Je n'ai pas l'impression d'avoir besoin de me protéger. J'évite les côtés négatifs. J'évite ce qui ne me fait pas du bien. Je n'ai pas envie de travailler ou de passer du temps avec les gens toxiques ou les gens négatifs. Je suis égoïste et je fais des choix, je ne vais pas faire semblant. Je ne vais pas me forcer à faire des choses qui ne me font pas du bien. C'est de cette façon que je me protège, j'ai appris à faire ça. On est responsable de son propre bonheur, on ne peut pas rendre quelqu'un d'autre responsable. Je fais du sport pour m'équilibrer et pour me ressourcer mais c'est mon travail qui me donne de l'énergie et je n'ai donc pas l'impression de devoir aller chercher quelque chose ailleurs.

Quelle est la personne que vous admirez le plus ?

Il y a beaucoup de personnes que j'admire. Il y a Gandhi, il y a Luther King, il y a Jacques Prévert pour ce qu'il écrivait, Nelson Mandela. Des gens qui, dans l'histoire, ont fait changer des choses, qui ont fait que la société a changé à un certain moment. Ils ont remis en question, ils se sont engagés contre des injustices, ils ont voulu faire bouger les choses. J'admire les gens qui avaient du courage, des gens qui avaient des valeurs, des gens qui croyaient que c'était possible de changer certaines choses. Ce sont des gens qui m'ont touché et que j'aurais bien aimé connaître.

Quelle sont à vos yeux les valeurs les plus importantes ?

Les valeurs les plus importantes à mes yeux sont le respect, la tolérance et le courage. Une des valeurs les plus importantes que j'essaie d'appliquer dans mon travail, c'est le respect. Je n'y arrive pas toujours mais je pense que, « Wei een an den Bësch jaïtzt, sou kennt et zereck », ça veut dire qu'on récolte ce que l'on sème. On ne peut pas attendre quelque chose de quelqu'un si on ne le donne pas également. Je pense que c'est quelque chose qui se perd de plus en plus dans notre société. La tolérance est également une valeur importante. Je ne juge pas, pour moi une femme de ménage vaut autant qu'un médecin. Et puis le courage. Il faut du courage pour pouvoir avancer, il ne faut pas avoir peur, il faut avoir le courage de prendre des décisions.

En matière d'éducation quels sont les conseils que vous donneriez aux jeunes mères ?

Je pense que c'est plutôt moi qui ai besoin de conseils dans ce domaine. Le conseil que je me donnerais, c'est d'essayer de ne pas se mettre trop la pression, faire ce qu'on peut et de le faire en fonction du bagage qu'on a. Si on le fait par amour, ça sera toujours bien. Un conseil – ne pas attendre avant de devenir maman. Je regrette de ne pas être devenue maman plus tôt. J'avais 39 ans quand j'ai eu mon fils Lenny et j'aurais jamais réalisé que c'était quelque chose de tellement beau et de tellement enrichissant. Il ne faut pas avoir peur de devenir maman.

Où étiez-vous il y a 10 ans ?

Il y a 10 ans, le 15 juillet 2006, je me suis mariée. C'était un des moments clé de ma vie car j'ai décidé de renoncer à ma liberté, de m'engager, d'être fidèle, de franchir ce pas et d'apprendre des erreurs que j'avais faites dans le passé. J'ai décidé d'être femme et d'arrêter d'être adolescente.

Quelle vie rêveriez-vous d'avoir dans dix ans ?

Je ne rêve pas d'avoir une autre vie dans 10 ans, la vie que j'ai maintenant me satisfait à 100%. Je n'ai pas de désir et pratiquement pas de regret. Je n'ai pas non plus d'attente. Je suis ouverte et je laisse venir.

Qu'est-ce qui a le plus changé en moi en dix ans ?

Il n'y a pas grand-chose qui a changé en moi en dix ans. Les changements se sont plutôt fait il y a 15 ans, quand j'étais malade et que j'ai été opéré du cœur. C'est ça qui a remis en question beaucoup de choses dans mon fonctionnement et c'est ça qui a fait ce que je suis aujourd'hui. Ça m'a permis de savoir ce qui est bon et moins bon pour moi.

Si vous étiez :

Une musique

Je ne sais pas.

Un animal

Si j'étais un animal, je serais un chien. Parce que c'est mon animal préféré et parce qu'il est fidèle, il ne trahit pas et il est fiable. J'aimerais également être un caméléon, passer inaperçu et m'adapter à chaque situation.

Un pays

Si j'étais un pays, je serais l'Italie. J'aime l'Italie et mon mari est italien. J'aime aller en Italie, les gens sont chaleureux, accueillant, ça bouge, les gens sont dans la rue, il fait chaud, ils mangent des spaghettis, la langue est belle et je m'y sens bien.

Un plat

Si j'étais un plat, je serais peut-être des spaghettis parce que les pizzerias marchent bien et beaucoup de gens aiment les spaghettis.

Une couleur

Si j'étais une couleur, je serais le bleu. Parce que pour moi, le bleu, c'est la couleur de la liberté. Je pense que c'est pour ça que mon boulot me passionne, parce que j'ai la liberté de pouvoir dire « oui » ou « non ». J'ai un chef au-dessus de moi, le Conseil d'Administration, mais ce dernier me soutient dans mes propositions et cette liberté que je peux prendre, ces responsabilités que je peux assumer, j'ai besoin de ça pour avancer. J'ai un problème avec l'autorité et c'est pour ça que je ne pourrais pas travailler avec un chef, j'ai besoin d'être libre.

Un parfum

Si j'étais un parfum, je serais peut-être « Coco Chanel ». Parce que c'est le parfum que je mets depuis 20 ans et vers lequel je retourne toujours. J'aime le changement, je déteste la routine car ça m'ennuie et ça ne me fait pas avancer mais je n'ai jamais changé de parfum.

Ce qu'il vaut mieux savoir à mon sujet

Il vaut mieux m'éviter quand je suis fâchée. Il vaut mieux ne pas me mettre en colère parce que là je ne suis pas très agréable. Je ne suis plus respectueuse, je suis comme un bulldozer et là mon tempérament ressort.

Je voudrais avoir une seconde chance pour...

Je ne pense pas vouloir une seconde chance pour quoi que ce soit car je ne crois pas à la chance. Pour moi, vivre ce n'est pas « oh, j'ai de la chance » parce que ça m'est tombée dessus. Je pense qu'il faut provoquer la chance, il faut aller la chercher. Je ne peux même pas dire que j'aimerais avoir la chance de gagner au lotto, parce que je ne joue pas.

Ce que je voudrais changer en moi

Il y a beaucoup de choses que j'aimerais changer en moi. J'aimerais être plus patiente, moins agressive et avoir un peu plus de douceur.

Ce que je regrette

Ce que je regrette, mais je n'ai pas d'influence dessus, c'est de ne pas avoir rencontré rencontrer mon mari 10 années plus tôt. Ça m'aurait permis de combler un vide, le vide que j'ai comblé en devenant maman et au lieu d'avoir un enfant, j'en aurais eu deux. Mais j'aurais eu peut-être moins d'énergie pour mon travail. En fait, je ne regrette rien. Si c'était à refaire, je referais ma vie de la même façon que je l'ai faite parce que je pense que tous les mauvais moments qu'on peut avoir dans une vie, deviennent positifs. Il faut sortir le positif du négatif. Il faut apprendre, il faut accepter, parce que de toute façon on ne peut pas changer les choses et c'est ça qui me fait avancer.

Ce qui me fait peur

J'ai rarement peur et donc je ne peux pas vous dire ce qui me fait peur... Si, j'ai peur de ne pas être à la hauteur et de ne pas être assez bonne.

Ce que j'ai appris à aimer en moi

J'ai appris à ne pas devoir plaire à tout le monde.

Ce qui me pousse à avancer

Les gens me poussent à avancer. Il y a des choses dans la société que je ne peux pas accepter et aussi longtemps qu'il y aura des injustices dans la vie, aussi longtemps que la société sera imparfaite, ça me donnera envie d'avancer et d'essayer de la changer.

Pour moi être une femme aujourd'hui c'est....

Pour moi être une femme aujourd'hui c'est faire un grand écart entre la vie professionnelle, la vie familiale et la vie amoureuse.